Le parfum dans la maison (entrée dans la Semaine Sainte)

17 Mars 2008 : L'entrée dans la Semaine Sainte : le parfum dans la maison
Paroles du jour : Is. 42, 1-7, Jn 12, 1-11

Pour Jésus, il y a aussi une Semaine Sainte.

Je ne sais pas si Lui, il savait tous les jours que comporterait sa semaine, mais, "six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie".

La semaine qui commence est toute particulière, et elle est ouverte par cette scène, que l'on appelle de "l'Onction de Béthanie" (onction : de oindre).

Il faut nous y arrêter un peu parce que cette scène a quelque chose à nous dire du climat qui entoure la Passion de Jésus. Souvent, on n'intègre pas vraiment, dans notre imaginaire de chrétien, cette scène-là dans la Passion de Jésus, alors que c'en est la première scène.

Il est clairement fait référence à la mort et à la résurrection. Regardez le début : "Lazare ressuscité d'entre les morts". Lazare est de nouveau parmi les convives mais lui aussi, on veut le faire mourir. Lazare deux fois devant, deux fois derrière. Cette scène a quelque chose à voir avec ce qui va se passer de la mort à la résurrection.

C'est la dernière fois que Jésus reçoit de la tendresse. C'est la dernière fois que Jésus reçoit une gratuité d'amour inouïe, parce que cette scène est toute de gratuité. Et, l'on peut voir dans le geste de Marie de Béthanie, on peut voir dans ce geste un " machal " un geste prophétique. Marie a eu l'impulsion d'un geste prophétique, sans savoir elle-même exactement ce qu'elle faisait. C'est le Père qui lui a demandé de le faire.

Le Père a pris soin de son Fils par Marie de Béthanie.

Jésus a immédiatement identifié cette onction comme étant celle de son ensevelissement. Mais vous voyez, c'est une onction parfumée, une onction de grand prix, une onction de douceur, une onction de tendresse physique. Elle lui parfume les pieds et elle les essuie avec ses cheveux. Le Père ne se moque pas de nous. Quand il nous envoie sa tendresse, il est capable d'aller loin ! Quelle pureté dans l'amitié il devait y avoir entre Marie, Marthe, Lazare et Jésus pour que tout soit possible. Tout est possible à Béthanie, sans aucune ambiguïté.

Donc, vous voyez, vous avez d'un côté, Lazare, ressuscité d'entre les morts et qu'on veut faire mourir et de l'autre côté, vous avez Jésus, qu'on veut aussi faire mourir. On veut faire mourir Jésus parce qu'il a ressuscité Lazare et on veut faire mourir Lazare parce qu'il est ressuscité !

Il y a donc des ennemis de la vie. Et il y a des ennemis de la gratuité, Judas, par exemple. Il y a des gens qui disent : "on devrait vendre tout le trésor du Vatican, etc.. ". Alors que c'est le trésor des siècles et c'est ouvert au public ! Les cardinaux n'en ont pas plein les poches ! La gratuité remplit toute la maison.

Il ne faut jamais oublier cette phrase : "la maison fut remplie par l'odeur du parfum". C'est quoi la maison ? Si nous sommes en plein " machal ", en plein geste prophétique de la part du Père pour son Fils, nous sommes dans quelle maison ? Ne sommes-nous pas là dans la Maison du Père, qui est la Maison où habitent les fils et les filles, c'est-à-dire, l'Eglise ?

Est-ce que ce n'est pas dans cette maison là que doit flotter ce parfum de gratuité, ce parfum de tendresse et d'amour pour Jésus ? Ce "chérissement" de Jésus. Il y a un temps pour le chérir ce Fils, il y a un temps où il est livré, il y a un temps pour mourir, et il y a un temps pour le ressusciter.

Regardez, quand il dit : " des pauvres vous en aurez toujours ", c'est-à-dire, des œuvres, des œuvres à faire, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. Et voilà le temps de l'Adoration gratuite. Quand on adore ici, le Saint Sacrement, l'après-midi, on met du parfum dans la maison. Parce qu'il y a tellement à faire ! Mais quand le "faire" prend le pas sur le "parfum" alors c'est fini. Alors, ce sont les pauvres qui nous mangent, les pauvres, tous ceux qui ont besoin ! On est mangé par les œuvres et, il y a quelque chose du message de Dieu qui ne passe plus. Et ce n'est pas accessoire, ce qui ne passe plus. C'est le "chérissement" du Corps du Christ, c'est le chérissement du Christ en son corps.

Avant tout ce qu'on va lui faire, regardons ce geste que lui fait Marie de Béthanie de la part du Père. Ce corps qui est digne d'être ainsi oint d'un parfum de valeur, ce corps va être flagellé, démantelé, écrabouillé, insulté, craché et crucifié ! Mais l'odeur du parfum ne va pas disparaître, parce que c'est l'environnement d'amour que le Père donne à l'ensemble de la Passion.

Au début de cette Semaine Sainte, nous constatons que pour Jésus il y a eu aussi une semaine Sainte. Cette marche de six jours vers la Pâque, elle est inaugurée par ce geste de gratuité de l'amour du Père pour Lui, par la médiation de cette sœur qui a osé, dans l'audace du Saint Esprit, poser ce geste fou de l'aimer jusque là.

Et, pour nous, cela veut dire quelque chose, de mettre du parfum dans cette maison, chaque jour de la Semaine Sainte, de prendre soin de Jésus de cette manière là. Que l'adoration de son corps, l'adoration de son incarnation, l'adoration de son corps livré, soit toujours première par rapport à tout ce que nous pourrons faire ensemble pour les autres.

AMEN