Tout est accompli ... (Vendredi Saint)

Vendredi Saint 2008 : Tout Est Accompli ...
Paroles du jour : Is 52,13-53,12 - Héb 4,14-16; 5,7-9 - Jn 18,1-19,42

La croix de Jésus, elle est pour le salut de chacun d'entre nous. Aller jusqu'à la mort, n'est-ce pas le dernier mot de l'amour ? Nous sommes toujours dans ce mouvement amorcé hier soir et anticipé par l'Eucharistie.

Il les aima jusqu'au bout ... jusqu'au bout de l'amour de Dieu pour l'homme.

Continuons de méditer cet abîme d'amour dans lequel nous sommes plongés aujourd'hui. Pendant ce "chemin vers la croix", Jésus a en lui, une force d'aimer qui le pousse à aller jusqu'au bout. Il pense à chacun de nous, à tous ceux qu'il sauvera ainsi. Il veut que la chair de l'homme aille jusqu'au bout de l'obéissance à Dieu parce que là est son salut, là est son bonheur. Il veut que plus aucun obstacle n'existe entre une chair humaine et Dieu, que ce soit le péché, la chair, nos blessures, nos ruptures, que plus rien ne sépare l'homme de Dieu. Il veut emmener l'homme en Dieu et même l'adversité, celle que nous connaissons tous, souvent si puissante, est vaincue par le salut, encore plus puissant.

Au cœur de tant de souffrances, Jésus a dû connaître en lui-même un tressaillement d'allégresse quand il a prononcé son "tout est accompli". Ce "tout est accompli", c'est "mission accomplie". C'est : "Père tu m'as envoyé chercher ceux qui étaient perdus, c'est-à-dire l'homme. Eh bien je te l'ai ramené, le voici. Et désormais, quand tu poseras ton regard sur l'homme c'est moi que tu verras. Quand tu poseras ton regard sur un pécheur, c'est moi que tu verras parce que je l'ai sauvé pour toujours".

Croire, c'est croire dans le "tout est accompli" ! C'est croire que le Christ a porté nos blessures, nos péchés, et a transporté tout cela dans le seul lieu où çà puisse être guéri et sauvé, dans l'amour du Père. Tout est accompli ... Le chrétien n'est pas quelqu'un qui espère vaguement que ça va marcher, le chrétien c'est quelqu'un qui croit en Celui qui a tout accompli.

Mon salut a déjà été acquis sur la croix, c'est à moi de l'accueillir par la foi, aujourd'hui, dans la situation qui est la mienne, parce que Jésus a pensé à moi quand il a donné sa vie. Et là nous tremblons intérieurement de découvrir que nous comptons tellement pour Dieu, que le fils de Dieu a livré sa vie pour nous, pour moi.

Juste avant de dire "tout est accompli", Jésus a dit : "J'ai soif". Le Père Durrwell, ce grand théologien de la croix, qui a écrit de nombreux livres sur le mystère de la croix et qui était dans un espèce de coma à la fin de sa vie, tout d'un coup, ouvre les yeux et puis dit : "j'ai soif, le Christ a dit j'ai soif, inscrivez ça au début de mon livre, j'ai soif, parce que c'est le cri de l'amour de Dieu : j'ai soif de Toi".

Tu me manques dit Dieu au pécheur. Tu me manques dit Dieu à l'affligé, Tu me manques, toi qui te sens seul, tu me manques toi qui est massacré par des malheurs de toutes sortes. Tu me manques toi qui tortures les autres.

Vous voyez, ce "j'ai soif", c'est le creux de l'amour, parce que l'amour est désir de l'autre, pour qu'il vive, qu'il existe et Jésus, sur la croix, c'est comme s'il lui manquait encore quelqu'un. Durant toute sa vie, manifestée dans les évangiles, il n'a pas cessé d'accueillir dans ses bras qui sont les bras de Dieu, les pécheurs de toutes sortes, les publicains, les pharisiens, les femmes adultères, les lépreux, les impurs, il les a tous accueillis. Et sur la croix, quelques secondes avant de mourir, et de sauter dans les bras de son père, il a encore dit "j'ai soif", qu'il n'y ait plus une seule humanité qui désespère de venir un jour dans le Père.

J'ai soif de toutes les humanités et en particulier des plus petits. Et c'est pour ça qu'il est allé à l'endroit des plus petits, à l'endroit des réprouvés, il est allé sur la croix, pour que l'homme le plus nul, celui qui a le plus fauté, péché, celui qui s'est damné comme on dit malheureusement, bien qu'il ne soit pas damné pour Dieu, jamais. S'il veut se damner lui-même, c'est sa liberté, mais Dieu ne damne personne.

J'ai soif de sauver l'homme, je ne veux pas partir vers le Père sans toi … Croire en Jésus, c'est s'attacher à lui. C'est mettre notre chair au contact de la sienne et en particulier celle qui souffre le plus.

Frères et sœurs, notre humanité se tient aujourd'hui au cœur de la Trinité en Jésus Christ. Il y a un homme en Dieu c'est l'homme Jésus, il est mort pour ça, il est mort pour nous : "tout est accompli".

L'espérance chrétienne vient de ce "tout est accompli".

Toutes les religions demandent que ça aille mieux demain, mais la nôtre est la seule qui en est sûre, c'est la grande différence ... "Tout est accompli", et le croire, c'est croire envers et contre tout, contre cette autre "vérité" dans laquelle nous pataugeons tous les jours : nos douleurs, nos maladies, nos détresses.

Le croyant c'est celui qui pose au dessus ou au cœur de cette vérité de notre réalité humaine, la vérité du "tout est accompli". Ce que nous sommes aujourd'hui a déjà été ressaisi dans la croix. Croire dans ce "tout est accompli", c'est faire nôtre le salut de Jésus dans nos vies. Et alors le salut de Jésus entre dans nos corps, il entre dans nos articulations, il entre dans nos rhumatismes, il entre dans nos fractures, il entre dans nos psychismes, il entre dans nos affectivités en manque, il entre dans nos ratés de la vie, il rentre dans nos quêtes de sens ce salut de Jésus Christ, du déjà accompli.

Je disais il y a quelques mois dans une retraite "croire, c'est physique", c'est un mouvement, c'est un déplacement, c'est se serrer contre le bois de la croix, là où se tient Marie. Si Marie nous est si utile dans notre vie chrétienne c'est parce qu'elle n'a pas défailli dans sa foi. Elle se tient tout contre la croix de Jésus parce qu'elle a tout de suite réalisé qu'il s'agit à nouveau d'un enfantement. Il s'agit d'enfanter au monde de Dieu la chair de l'homme et de tout homme. Nous avons besoin de la foi de Marie. Marie est celle qui a cru. Pour croire nous avons besoin de la foi de celle qui a cru.

Alors frères et sœurs contemplons un instant cette croix dans notre cœur, contemplons ce mystère du "tout est accompli", qui est notre horizon et qui est aussi notre chemin, qui est nôtre aujourd'hui.

Seigneur, tu as dit "tout est accompli", toute situation en Toi est déjà sauvée, c'est Toi qui nous l'assures, et depuis 2000 ans que tu es monté sur la croix "une fois pour toutes, …. une fois pour toutes, …..une fois pour toutes"

C'est fait, frères et sœurs, TOUT EST ACCOMPLI, TOUT.

AMEN