L'Unité dans la Vérité (Semaine de l'unité)

18 Janvier 2009 : Semaine de l'Unité : l'Unité dans la Vérité
Paroles du jour : Ez 37, 15-24 - 1 Cor 3, 3-7 et 21-23 - Jn 17, 14-21

La semaine de l'unité est guidée cette année par le verset d'Ezéchiel 37, 17 : " Ils seront unis dans Ta main " ! Et remarquez, sur l'affiche, le T majuscule, comme si c'était nous qui parlions à Dieu alors que dans le texte, c'est Dieu qui parle à Ezéchiel et qui dit : "Fils d'homme prend les deux morceaux de bois, rapproche-les pour en faire un seul, ils seront unis dans ta main".

Ce qui m'a frappé et que j'aimerais partager avec vous, c'est que le Seigneur donne aux prophètes le pouvoir de prophétiser et de réaliser l'unité. Le pouvoir d'unifier est dans notre main : "Ils seront unis dans ta main". Si vous lisez bien le texte, c'est le prophète qui prend les deux morceaux de bois et les réunit dans sa main. Ce que fait le prophète par mission de la part du Seigneur, c'est Dieu qui le fait. Nous avons le pouvoir d'unifier, le pouvoir de réconcilier, le pouvoir de prophétiser l'unité et de la réaliser parce que c'est Dieu qui agit pour nous. Puis Dieu continue : "J'en ferai une seule nation … ils n'auront tous qu'un seul berger". Pour réaliser son vœu, Dieu donne aux prophètes le pouvoir de faire l'unité.

Et cela m'interroge. Quel pouvoir avons-nous entre les mains ? Quel pouvoir avons-nous, dans le souffle du Saint-Esprit, nous qui sommes des baptisés et qui sommes prophètes, configurés au Christ-prophète ? Le pouvoir d'unir dans notre main ! Quand nous entendons une situation de division, nous avons le pouvoir d'unir dans notre main. Et ce n'est pas seulement un pouvoir, c'est une mission. Le Seigneur confie cette mission à Ezéchiel. Il attend de lui qu'il unifie. Il n'attend pas de lui qu'il divise, pas non plus qu'il se résigne, mais qu'il unifie.

Alors avançons un peu dans ce pouvoir de faire l'unité là où il y a la division. Regardons, dans l'évangile de Jean, la prière de Jésus au seuil de sa mort. Pour quoi prie-t-il ? Pour l'unité. Et il explique le geste qu'il va poser le lendemain, sur la croix : "Pour eux, je me consacre moi-même afin qu'ils soient eux aussi consacrés dans la vérité". Et consacré, ça veut dire mis à part dans la sainteté, pour Dieu et sa sainteté, pour son royaume de gloire.

A cause de cette parole reçue de lui, nous dit Jésus, le monde nous hait. Le monde, c'est à dire tous ceux qui refusent que Dieu leur parle. Le monde ce n'est pas que les autres. Le monde, c'est l'esprit du monde qui est en nous aussi. Le monde veut rester dans l'opinion publique, les mouvements de foule, la société de consommation, celle qui fait des kraks boursiers, qui met des millions de gens par terre. Ce monde-là ne supporte pas la parole de Dieu.

Jésus ne demande pas au Père de nous retirer du monde, de nous mettre à l'écart, mais de nous garder du Mauvais, du Diviseur, de celui qui met des obstacles à l'unité, de celui qui est le père du mensonge … "Ils ne sont pas du monde comme moi je ne suis pas du monde. Mais consacre-les dans la vérité". Nous vivons en plein monde, nous sommes même envoyés en plein monde mais mis à part dans la vérité, mis à part pour la sainteté, consacrés pour redonner la parole que nous avons accueillie ... "Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, les douze, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi".

Jésus nous donne là une mission : que tous, tous ceux qu'il vient de nommer, ils soient un. Et cette mission, nous l'avons en tant que séparés de l'esprit du monde par la vérité. Nous avons une mission, d'être un, de 'faire de l'un', de 'produire de l'un', de l'unité. Alors que nous sommes en plein monde, mais mis à part dans une atmosphère de sainteté et dans la vérité de la Parole de Dieu. Nous ne faisons pas l'unité seulement par générosité. Personne n'aime la division. Mais ce n'est pas ça notre moteur. C'est la prière de Jésus : "Qu'ils soient un comme toi Père, tu es en moi et moi en toi". La source de notre action d'unité c'est l'unité entre le Père et le Fils, c'est cette habitation réciproque où le Père habite dans le Fils et le Fils dans le Père. C'est pour ça qu'un fils de cette unité là ne supporte pas la division.

Aimer l'unité et aimer Jésus, c'est la même chose. Aimer l'unité et aimer Dieu, c'est la même chose. Ce n'est pas possible d'aimer Jésus sans aimer l'unité qu'il vit avec son Père, sans vivre cette unité, cette même relation que lui, Fils, entretient avec le Père. Nous naissons en permanence de l'unité entre le Père et le Fils. Leur unité est l'unité d'amour dont nous jaillissons. Cela fait partie de notre image, de l'image de Dieu en nous ; cela fait partie de notre identité, de notre structure profonde, de notre moi profond, que d'être des artisans d'unité. L'unité n'est pas d'abord une œuvre, l'unité est d'abord une identité, un 'être'.

Mais Jésus va encore plus loin. Ce pouvoir de prophétiser l'unité à partir de l'unité qui est inscrite en nous, jaillissant de l'unité du Père et du Fils, c'est "dans la vérité" qu'il s'exerce : "Consacre-les dans la vérité, ta parole est vérité". De quelle vérité s'agit-il ?

La vérité ce n'est pas une chose, ce n'est pas une idée, ce n'est pas une idéologie. La vérité c'est Lui : "Je suis la vérité". Etre dans la vérité, c'est être vrai avec lui. Peut-être les couples peuvent-ils particulièrement bien comprendre cela parce que, dans leur vie de couple, unité et vérité sont indissociables. On ne peut pas être un en n'étant pas vrai avec cette unité qu'on vit, avec cet autre avec qui ils sont liés. Il n'y a pas d'unité sans vérité, sans que nous soyons vrais avec le Christ qui est en nous. Etre vrai, ce n'est pas tant dire des vérités que d'être vrai. D'être vrai avec soi-même, fils de Dieu que nous sommes, d'être vrai avec l'autre, d'être vrai en présence du Christ avec lequel nous avons fait alliance, et qui est entre nous, qui est celui qui nous tient ensemble. Etre vrai est plus difficile que d'avoir la vérité ou que de dire la vérité.

Saint Jean a encore une autre expression : "Faire la vérité". "Celui qui fait la vérité vient à la lumière" (chapitre 3 de l'évangile de Jean). C'est une démarche de lumière que de faire la vérité. Il ne peut pas y avoir d'amour ni d'unité sans vérité. Prenons un exemple tout bête : un différend qui nous oppose avec quelqu'un. Eh bien, la vérité de l'évangile, c'est que ça ne peut pas rester en l'état : "Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, pose là ton offrande et va te réconcilier avec ton frère. Ensuite reviens et présente ton offrande". Ça c'est la vérité de la Parole de Dieu. Et tout le reste, c'est le discours du monde : toutes les justifications, toutes les excuses, c'est le monde. Faire la vérité, c'est laisser la Parole percuter, impacter les événements, les épreuves, les situations, les résistances de notre vie dans le monde. "Celui qui fait la vérité vient à la lumière".

Ce n'est pas la vérité de l'évangile que d'être indifférents les uns aux autres, voir divisés comme Saint Paul l'écrit aux Corinthiens. En effet, quand je prie et que je me mets devant la Parole de Dieu, elle me juge. C'est Jésus qui le dit : "Vous êtes déjà jugés par la Parole que je vous ai fait entendre". Il n'y aura pas une autre Parole au ciel que celle que nous entendons retentir sur la terre dans les évangiles. Nous avons donc le moyen très simple de nous soumettre à la Parole de Dieu en vérité, de laisser la Parole de Dieu nous conduire à plus de vérité, puis au pas d'unité qui forcément débouchera de cette mise en vérité. Quand nous entendons des situations de division, la guerre à Gaza par exemple, la vérité pour nous c'est de ne pas supporter ça. Ce n'est pas de prendre position pour ou contre le Hamas ou pour ou contre Israël. De toute façon nous n'y comprenons rien… Ce qui est insupportable, c'est l'horreur de cette petite surface du monde, la plus peuplée du monde, où on n'est plus à l'abri nulle part. La souffrance est insupportable, mais ce qui est encore plus insupportable, c'est la guerre. Il y a là un combat spirituel : nous ne pouvons pas nous contenter de dire "la guerre ça existe". Nous devrions pleurer comme Jésus pleure. Sur les divisions.

Mais en même temps Jésus dit : "Je me consacre dans la vérité afin que vous aussi vous soyez consacrés dans la vérité". Pour nous ouvrir la voie, il reste fidèle à la vérité qu'il contemple en permanence, qui est d'être 'Un' avec le Père. Jésus n'a pas hésité à créer de la division et à dire : "Attention, si on me suit, il y aura peut-être de la division ". Relisez le chapitre 8 de Saint Jean, le plus violent. Mais Jésus a fait ça pour l'unité. Il a donné sa vie pour que ces gens là connaissent son Père. Il ne veut pas les laisser dans cette division, dans cette illusion, dans cette erreur.

On est d'autant plus prophètes de l'unité qu'on est soi-même plongé dans la contemplation de cette unité. L'unité que nous expérimentons de plus en plus profondément, c'est d'être 'Un' avec Jésus et d'être 'Un' dans son unité avec le Père, d'être traversés par leur unité. Les prophètes de l'unité sont puissants dans le monde parce que ce qu'ils prophétisent se réalise : "Quand tu auras pris les deux bâtons, je ferai". Je ferai ce que tu dis, ils seront unis dans ta main, ils seront unis dans ma main. Ce que tu réunis dans ta main, je le réunis dans ma main.

Je voudrai pour terminer vous lire, un passage d'un livre qui s'appelle précisément "L'esprit de vérité" d'Arthur Katz, et qui nous donne une idée plus concrète de ce que ça peut vouloir dire :

Voulons-nous que la vérité descende, telle un fil à plomb, dans toutes les parties de notre vie afin de révéler et de corriger toute incohérence ? Voulons-nous voir ôter tout ce qui est faux, tout ce qui est trompeur, afin d'être rendus capables de parler selon la vérité, d'avoir des relations vraies, une vie vraie ?

Tous, nous voulons marcher ; mais voulons-nous marcher dans le chemin, dans la vie ? Jésus à dit: "Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi" (Jn 14,16). Pour retrouver notre intégrité, pour devenir capables de marcher sur ce chemin-là, il nous faut crier, non pas : "Ô Dieu, donne-moi davantage de vérité !" mais : "Ô Dieu, rend moi vrai ! Rassemble mon cœur dispersé, afin qu'il te craigne !"

Il n'est pas difficile de reconnaître un homme qui marche dans la vérité. Il fait preuve d'une intégrité sans faille dans la vie conjugale, dans le ministère, dans son travail, et dans le culte qu'il rend à Dieu. Sa garde-robe, son armoire à pharmacie, et son visage ne se contredisent pas. Cette intégrité, cette authenticité sont précisément la manifestation de la vérité elle-même, qui se fait connaître à travers une vie humaine; et cela se voit. Quand la vie intérieure et la vie extérieure ne font plus qu'un, cela se voit toujours. Voilà la vérité. Voilà le salut : une vie libérée de ce fardeau, de cette tension nés des efforts qu'on déploie pour empêcher une vie fragmentée de se désintégrer, et où l'on est différent selon qu'on travaille, qu'on va à l'église, qu'on est chez soi, ou qu'on se retrouve seul.

Mais voulons-nous la vérité à ce point-là ? Voulons-nous être sauvés à ce point là ? Voulons-nous Dieu à ce point-là ? Déclarer : "J'aime la vérité", sans vouloir être entièrement vrai, c'est se contredire, tout comme on se contredit en affirmant "J'aime Dieu" mais sans L'aimer de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toute notre force. En réalité, nous n'aimons pas Dieu plus que nous n'aimons la vérité.

Je vous invite à méditer sur cette dernière phrase …
AMEN