Le pouvoir et la croix


19 Février 2009 : Le pouvoir et la croix
Paroles du jour : Jr 18, 18-20 - Mt 20, 17-28

Il y a des jours où il est plus difficile de prêcher que d'autres… Je dois dire que sur ce texte, je n'ose parler qu'en balbutiant, parce qu'il est difficile de parler de la croix. A l'évidence, Jésus associe le pouvoir, "être grand", et la croix ! Les fils de Zébédée veulent le pouvoir, et il leur promet la croix. Ils disent "Nous pouvons boire à ta coupe !" et il répond "Vous ne savez pas ce que vous demandez"… Vous ne savez pas ce que vous demandez !

Savons-nous ce que nous demandons ? Bien sûr, aucun de nous ne demande le pouvoir ! Jamais ! Mais chacun de nous a un pouvoir… Chacun de nous prend le pouvoir ! Nous avons le pouvoir sur un employé. Nous avons le pouvoir quand nous accompagnons, quand nous animons une réunion. Je pourrais multiplier les exemples…

Je ne parle pas des pouvoirs institués qui sont clairement définis, comme celui d'être président d'une association, membre d'un conseil, prêtre, pasteur... Il est normal qu'il y ait un pouvoir pour pouvoir faire, pouvoir avancer ou faire avancer. Ce n'est pas là le problème. Pour Jésus, le problème ce n'est pas le pouvoir, c'est de boire la coupe liée au pouvoir. Et boire la coupe, c'est mourir sur la croix ! Au pouvoir est associée la croix ! Savez-vous que vous allez mourir ? Êtes-vous prêts à mourir ?

Jésus insiste : "Voici que nous montons à Jérusalem" ! Et, alors qu'il monte à Jérusalem, les disciples veulent monter sur le trône… "Vous rendez-vous compte où nous allons ?" demande-t-il. La réponse - "Oui, oui, pas de problème" - est la signature de l'ignorance. "Vous ne savez pas ce que vous demandez !" Etes-vous prêts à mourir ? Êtes-vous prêts à faire du pouvoir qui vous est donné un service ? Même quand celui sur qui j'ai un pouvoir me crucifie, je dois le servir ! Jésus est venu pour servir jusqu'au bout et pour "donner sa vie en rançon pour la multitude". Pour la multitude des perdus. Seuls les perdus ont besoin d'être sauvés. Et quand un "perdu" nous crucifie, nous disons que notre pouvoir n'est pas respecté, qu'il n'obéit pas, etc.… Jésus nous met en garde : "Attention, si vous voulez le pouvoir, vous allez mourir. Car votre pouvoir va vous faire mourir. Mourir à tout ! A la fonction, à l'autorité, à vos opinions, à votre manière de bien faire… Mourir, mourir ! Et donc, vous ne savez pas ce que vous demandez… "

Nous butons souvent sur cela. Moi, je bute sur cela. Quand je suis mal, c'est que je ne veux pas mourir! Il y a toujours en moi quelque chose qui devrait mourir… mais je ne veux pas mourir et je me défends! Et j'oublie complètement qu'il s'agit de servir ceux qui me crucifient, et de donner ma vie en rançon pour ceux qui sont perdus. Je suis donc loin du compte : je suis en dessous de la croix. Je ne veux pas aller jusque là. Je veux bien le pouvoir mais sans la croix… Je veux le pouvoir, je veux qu'on m'obéisse, qu'on me reconnaisse, qu'on comprenne ce que je dis et qu'on le fasse... Mais surtout pas être livré aux païens, flagellé, crucifié!

Pourtant Jésus leur dit bien : "Ne vous inquiétez pas, de l'autre côté, il y a la résurrection!" Mais, comme les disciples, nous ne l'entendons pas. Ils ne se rappelleront même plus qu'il leur avait parlé de résurrection, au point que lorsqu'il ressuscite, ils ne seront pas prêts à le croire! Ils n'ont pas "entendu" le langage de la résurrection, parce qu'il est impossible pour nous de nous imaginer ressuscités, alors que nous n'arrivons même pas à nous imaginer morts !

"Vous ne savez pas… " Jésus va alors renverser les choses. Il ne dit pas : "Je vous donne le pouvoir, mais il va falloir mourir". Il dit : "Ma coupe vous y boirez, la croix, je vous la donne. Mais le pouvoir, cela appartient à mon Père".

C'est comme si nous étions dans un bureau de recrutement dont le critère de sélection serait la croix! Et une fois qu'on a passé la croix, on est bon pour le poste ! Passez déjà la première sélection, et dans ceux qui restent, on verra à qui sera remis le pouvoir! Mais attention à ce que vous en faites : ne l'exercez pas à la manière des païens, de ceux qui ne connaissent pas Dieu, qui ne savent pas ce que c'est que d'être disciple … Le pouvoir dans le monde, celui des païens, c'est de haut en bas. "Pour vous il ne doit pas en être ainsi"! Le pouvoir dans le Royaume, c'est de bas en haut!

Chaque jour de carême est pénible parce que nous sommes contestés par la Parole de Dieu sur un nouveau point. Mais heureusement, peut-être ne sommes-nous pas concernés par tous les points! Parce que être contesté 40 fois en 40 jours de façon essentielle, qui pourrait vivre cela ? Et puis, il s'agit de faire le parcours en un jour chaque fois, parce que le lendemain cela recommence sur un autre point! Celui de ce matin est tellement essentiel qu'il empoisonne la vie de la majorité de nos contemporains, peut-être la nôtre aussi, un peu…

Le pouvoir selon le monde, c'est une calamité! Les petits chefs, les grands chefs, les mi-chefs, ceux qui revendiquent leur "chefferie"… c'est une calamité, dans l'Eglise et dans le monde. Et Jésus le sait : "Parmi vous il ne doit pas en être ainsi". Il est donc essentiel que l'Eglise fasse entendre la Parole sur le pouvoir, sur tous les problèmes qui se posent pour toutes les équipes humaines qui travaillent dans le monde! La Parole de Jésus, en réponse à toutes ces "chefferies" et à toutes ces prises de pouvoir, c'est la croix, c'est le service. Si vous voulez être chef… montez sur la croix. Quant on vous crucifie, descendez encore plus bas.

Je vous répète en tremblant ce que dit la Parole. Je ne vous dis pas que je le vis, je vous ai même dit le contraire. Mais je ne peux pas vous dire autre chose que ce que dit la Parole de Dieu, parce qu'elle est exigeante. Elle est sûrement libératrice… Pour ma part, j'en pressens la puissance de libération, mais j'en mesure aussi la difficulté.

AMEN