L'Ascension, la Fête de l'Homme !


21 mai 2009 : L'Ascension, la Fête de l'Homme !
Paroles du jour : Ac 1, 1-11 -- Ps 46 -- Ep 1, 17-23 -- Mc 16, 15-20

Quelle richesse que cette fête de l'Ascension ! Je m'en réjouis chaque année davantage. Et pourtant, elle semble ne pas changer grand chose à la foi des chrétiens. Alors, quel est le sens de ces 40 jours de présence aux disciples ? Quel est le sens de l'Ascension ? De ces 10 jours qui séparent l'Ascension de la Pentecôte ? Pourquoi 40 jours, puis 10 jours ? Pourquoi ?

Et ce matin, j'ai fait ce que St Paul nous dit de faire en Ephésiens 1, 17. J'ai demandé qu'un Esprit de sagesse et de révélation me soit donné pour le connaître vraiment. Qu'il ouvre mon cœur à sa Lumière pour que je puisse mieux comprendre l'Espérance que donne son appel. Soudain je me suis dit - première révélation ! : mais l'Ascension, c'est la fête de l'homme ! Ça manquait au calendrier liturgique, la Fête de l'Homme !

Et selon cette révélation je comprend mieux la finale de Marc qui m'a toujours fait frémir : "Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui refusera de croire sera condamné". Jésus est venu pour sauver, pas pour condamner. Mais celui qui refuse de croire en la mort et la résurrection du Christ, en son Ascension et en la Pentecôte, se condamne lui-même à ne vivre que dans la chair, dans la chair-qui-n'est-que-chair, une chair refermée sur elle, qui ne doit son salut qu'à elle-même et qui n'est donc pas sauvée. Le Christ, après sa résurrection, tient à faire comprendre à ses proches disciples que la résurrection n'est pas une dé-corporation. Il vit avec eux pour leur montrer que son corps, qui contient les marques de son histoire, et de son histoire récente de souffrance et de mort, est tout entier passé dans la Vie divine qu'on appelle la Gloire. Et quand le Ressuscité apparaît, c'est qu'Il était tout simplement là. Il ne fait que passer de l'invisible au visible. Il a toujours été là. Il se rend simplement visible. Son corps est citoyen de la terre et citoyen du ciel en même temps.

Et cet homme qui passe de l'invisible au visible, il mange du poisson ! On peut le toucher, donc il a bien un corps ! Après 40 jours d'apparitions, une fois qu'ils ont tous bien vu que c'est bien Jésus en chair et en os glorifiés qui est au milieu d'eux, voici qu'arrive l'Ascension : Jésus monte au ciel. Mais pas seul ! Notre chair, en Christ, monte au ciel avec Lui, et comme le dit si bien l'épître aux Colossiens : "Désormais nous restons cachés en Christ et aspirons aux réalités d'en haut". Nous ne sommes pas que des êtres de chair, mais des êtres du ciel en pleine chair toujours. Une chair glorifiée !

"Cachés en Christ", à la droite de Dieu, lieu de sa Victoire et de sa Puissance... St Paul en bégaye, tellement c'est extraordinaire ! "Essayez de comprendre, mes frères l'espérance que donne cet appel à entrer dans le Christ. La gloire sans prix de l'héritage que vous partagez entre les fidèles." L'héritage, c'est l'héritage du Fils. C'est donc que tout ce que le Père donne au Fils, il nous le donne en Lui ! La puissance infinie qu'il déploie en nous les croyants, c'est la révélation de l'homme. Pourrions-nous croire en une guérison de l'homme s'il n'y avait en l'homme le Christ glorifié qui "ascensionne" toute chair, qui tire vers le haut la chair et ses lourdeurs, la chair et ses blessures, la chair et son péché. La citoyenneté du ciel n'est pas à atteindre, elle est à consentir. Le Christ, lui, l'a atteinte. Et il la déploie en nous par pure grâce.

La puissance infinie que le Père déploie en nous, les croyants "c'est la force même, le pouvoir, la vigueur qu'il a mise en œuvre dans le Christ quand il l'a ressuscité d'entre les morts et qu'il l'a fait asseoir à sa droite dans les cieux." La droite du Père, c'est la droite qui a ouvert la Mer Rouge, c'est la droite qui a remporté la victoire sur Pharaon. La droite puissante de Dieu, c'est, à travers toute l'Histoire Sainte, Son œuvre de salut. Le Père a établi le Christ ressuscité u-dessus de toutes les puissances et de toutes les forces qui existent et nous dominent, tant dans le monde présent que dans le monde à venir, et qui peuvent prendre la forme de malédictions ou de tares familiales ancestrales, de noms de maladies physiques, psychiques ou sociales difficiles à porter, de paroles difficiles à supporter… Or nous dit l'Ecriture, le Père a tout soumis au Christ, le plaçant plus haut que tout. Il a fait de Lui la tête de l'Eglise qui est son corps. L'Eglise est l'accomplissement total du Christ. Quand nous sommes dans la communion ecclésiale, nous participons à tout le bien de toute l'Eglise. Le Père, comble son Fils dans la plénitude et son Fils s'accomplit totalement dans l'Eglise. Nous devenons participants de la Vie divine. Ainsi rendus "participants de la nature divine", sont autorisés toutes les prières de guérison, toutes les demandes de prière, et même le simple fait de croire qu'en l'homme il y a plus que lui. Que dans l'homme blessé, il y a un homme sauvé. Que dans l'homme humilié, il y a un homme redressé. Et que dans l'homme mort, il y a un homme vivant. C'est cela notre acte de foi. "Ceux qui croiront seront sauvés. Et voilà les signes qui accompagneront ceux qui croiront dans mon nom, le nom qui est au-dessus de tout nom, ils chasseront les esprits mauvais, ils parleront un langage nouveau. "Quand on commence à se lancer dans cette foi-là, c'est impressionnant : Dieu a tout mis sous les pieds du Christ qui a tout transmis à l'homme. C'est la Fête de l'Homme !

Le Christ a emmené notre humanité en plein cœur de la Trinité, et c'est là sa place. Et puisque nous sommes de dignes héritiers, il faut que nous ayons des têtes d'héritiers, des corps d'héritiers, des vies d'héritiers. La médiocrité ne peut pas exister au sein de la sainte Trinité. Et nous pouvons revendiquer notre part d'héritage puisqu'elle nous est donnée. Nous sommes héritiers ! Dès aujourd'hui ! La prière de guérison, l'imposition des mains, la foi pour être sauvé, la Vie plus forte que la mort, les sacrements de l'Eglise, tout cela est notre part d'héritage. Et ce que nous avons à faire, ce n'est pas de supplier que quelque chose se passe, que le Bon Dieu se réveille ou quelque chose comme ça, mais c'est de proclamer ce qui est déjà fait, ce qui est déjà accompli en Jésus-Christ. Et quand nous faisons cela, nous constatons des choses extraordinaires et nous pouvons en témoigner. Le Royaume de Dieu reprend sa place.

Quand les disciples demandent à Jésus si c'est "maintenant" qu'il va rétablir la royauté en Israël, alors qu'il vient de leur annoncer la venue de l'Esprit, ils posent en fait la bonne question. Et Jésus ne s'y trompe pas : "Le 'maintenant' ne vous appartient pas. C'est le Père qui sait. Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem et jusqu'aux extrémités de la terre." Le Saint Esprit produit un phénomène de communion et d'unité entre les croyants qui sont posés au cœur du monde et sont alors capables de diffuser la Bonne Nouvelle à toute la création et de la transformer en Royaume de Dieu. Donc la question était bonne. Chaque fois qu'il y a des questions sur le "quand", Jésus dit "le Père". Mais en ce qui concerne le "comment" et le "quoi", il donne une réponse. Ici il passe de la royauté - réalité politique - au Royaume inauguré dans les cœurs par le don du Saint Esprit.

Ce Royaume de Dieu, il est déjà parmi nous et nous pouvons en voir les signes. Mais pourquoi en voyons-nous si peu, des signes de ce Royaume ? Parce que nous manquons d'espérance. L'espérance chrétienne consiste à rendre présent par la foi ce qui est déjà là mais encore dans l'invisible. C'est déjà là, donc c'est pour aujourd'hui, pas pour le futur. L'espérance c'est un accomplissement, futur certes, mais déjà présent et disponible aujourd'hui. C'est le futur qui vient dans le présent et pas le présent qui va dans le futur. C'est le futur accompli qui vient dans le présent et qui rend déjà présent ce que le Christ a accompli en sa chair, sur la croix et dans sa résurrection.

Notre monde manque d'espérance. Il manque surtout de signes d'espérance. Et le travail sur soi, le dépassement de soi, le déploiement de l'homme et les guérisons intérieures, ce sont des signes de l'espérance chrétienne. Si l'homme est ressuscité en Christ, sa place est au ciel et le chrétien croit que le ciel est déjà sur la terre et que la victoire est déjà inscrite dans notre chair. Le plus difficile des combats, c'est de commencer à croire ça pour nous-même. C'est plus difficile que de devenir militant des droits de l'homme ou dans une ONG qui travaille en Asie du Sud-Est. Parce qu'on est toujours prêts à faire des choses. Mais croire que notre propre chair peut être aujourd'hui transfigurée par la résurrection de Jésus-Christ, ça c'est le combat de la foi. Ce n'est pas le combat de la générosité, ce n'est pas le combat des œuvres, c'est le combat de la foi.

Dans cette eucharistie, nous sommes conviés tout spécialement, parce que c'est l'Ascension, à déposer sur l'autel notre chair dans la Chair du Christ parce que Lui n'a qu'une hâte, c'est de l'emmener à sa vraie place qui est à la droite du Père.

AMEN !